Corrigé dissertation philo

Les échanges SUJET

Série ES – Pondichéry – Avril 2003

DISSERTATION
Est-il légitime qu’une œuvre d’art fasse l’objet d’un échange marchand ?

Corrigé
Travail préparatoire
? Notions et repères
Notions : l’art, le travail et la technique, les échanges, la justice et le droit, le devoir Repères : objectif / subjectif – universel / général / particulier / singulier – principe / conséquence? Remarques générales
Le sujet porte à la fois sur les échanges, sur l’art et sur le travail. Une analyse superficielle pourrait faire penser que la question porte sur le rapport entre l’art et « l’argent ». Cependant, la question est plus complexe puisqu’elle demande en réalité jusqu’à quel point il est juste que l’art puisse être considéré comme un travail.

? Analyse des termes du sujet– Est-il légitime : La légitimité renvoie à la justice et donc au domaine moral. On demande ainsi s’il est juste d’échanger une œuvre d’art contre de l’argent, c’est donc le principe même d’échanger une œuvre d’art qui est questionné ici. Or, répondre par l’affirmative reviendrait à faire de l’art un travail, ce qui risquerait de faire perdre de vue sa spécificité, et répondre qu’il seraitinjuste que l’art fasse l’objet d’un échange marchand reviendrait à exclure l’art du marché du travail et donc à revendiquer une « gratuité » de l’œuvre d’art. – Une œuvre d’art : L’œuvre d’art désigne un produit de l’art. Il faut avoir en vue les différentes caractéristiques d’une œuvre d’art, lesquelles renvoient pour l’essentiel à l’idée de création, à l’idée de beauté et à la notion de plaisiresthétique. Le sujet demande ainsi si la spécificité de l’objet d’art n’interdit pas (moralement parlant) qu’on l’échange contre de l’argent.

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Les échanges CORRIGÉ
– Objet d’un échange marchand : Un échange marchand est un échange commercial supposé mettre en rapport un objet et de l’argent. Plus simplement, un échange marchand est une forme d’achat. Le principe qui est au cœur de l’échange estla justice, au sens où dans l’échange il y a une réciprocité, laquelle est absente dans le don (on donne en échange de rien) et dans le vol (on prend en échange de rien). Ce que l’on échange est donc censé correspondre à ce que l’on reçoit. Or cette réciprocité et cette justice supposent que l’on dispose d’un étalon de mesure permettant d’évaluer l’objet échangé à sa juste valeur, sans quoi ontomberait dans un échange proche du vol ou du don (les expressions « c’est donné » et « c’est du vol » renvoient à cette idée). Tout pourrait donc être échangé à condition de respecter ce principe de justice. Dès lors, si certains objets ne peuvent faire l’objet d’un tel échange, c’est parce qu’ils rendent impossible cette réciprocité : les hommes pourraient-ils s’acheter par exemple ? Or ce sujetdemande justement si l’œuvre d’art ne pose pas le même genre d’interdiction : en effet, la beauté que vise l’œuvre d’art n’en fait-elle pas une œuvre désintéressée qui devrait être gratuite et la beauté de l’œuvre d’art ne serait-elle pas dénaturée si l’on devait l’évaluer en termes d’argent ?

? Problématique
D’un côté, on peut considérer que l’art doit échapper aux lois du marché et auxéchanges, dans la mesure où sa spécificité est d’être désintéressé, puisqu’il vise le beau et rien d’autre. De l’autre côté, on peut avancer que l’art étant une forme de travail, il peut faire l’objet d’un échange, et qu’il serait donc juste que l’artiste puisse « vivre de son art ». Mais, dans ce cas, comment mesurer objectivement la valeur du beau et comment lui attribuer une valeur « monétaire » ?? Plan de la dissertation
I On peut d’abord suggérer que l’œuvre d’art ne doit pas faire l’objet d’un commerce et qu’elle échappe par sa nature aux lois du marché et du travail. II On peut ensuite montrer la part de travail que contient toute œuvre d’art et suggérer qu’il serait juste que l’artiste puisse vivre de son art. III On peut enfin interroger la manière dont l’œuvre d’art pourrait…