Scénographie la leçon de ionesco

Scénographie

Bonjour Mme A., je m’appelle XXX et je travaille depuis un certain temps sur une scénographie pour la pièce La leçon de Eugène Ionesco. Cette pièce m’a toujours plu, et force de la relire, j’ai fini par vouloir lui donner ma propre interprétation. Mon approche va être caractérisée par deux points principaux : la modernité de la pièce et le décalage puis l’incompatibilité entrel’élève et le professeur. Ce seront les deux axes sur lesquels je vais fonder ma scénographie, en m’efforçant de faire ressortir l’intemporalité de cette pièce. La violence dans certains collèges et lycées de France (et aussi d’autres pays malheureusement) m’ont fait songer à une toute autre vision de cette pièce : et si elle se déroulait de nos jours dans une cité ? De nombreuses personnes, qu’ellessoient bénévoles, bienveillantes ou religieuses, ou même souvent ces 3 adjectifs en même temps, veulent changer les choses et offrir une égalité des chances. Mais que ce passerait-il si un professeur très instruit venait à tomber sur un élève qui, bien qu’empli de bonne volonté, ne comprenait pas un mot de ce qu’il lui dit ? Je vais essayer de mettre en avant cette situation, et aussi le fait quecertaines personnes, bien que censées être moins intelligentes, comme la bonne, ont un avis qui est plus important que celui de quelqu’un d’instruit : le professeur.
Parlons maintenant des décors. J’ai choisi de conserver les indications du début de la pièce, étant donné que ce drame se situe dans un immeuble, mais en rajoutant évidemment quelques éléments. Tout d’abord, sur la gauche de la scèneseront placés la porte et les escaliers. Une lumière bleue sortira de cette porte quand l’élève l’ouvrera : cette lumière représente l’espoir qu’il reste dans les cités parmi la violence ; mais cette lueur, qui transparaitra par le bas de la porte, s’atténuera au fil de la pièce, et deviendra rouge sang au moment du meurtre : cela représente le fait que bien qu’il y ait une possibilité de sortirde la violence, le contexte actuel et la société ne le permettent pas.
J’ai choisi de supprimer la porte de gauche au profit d’un escalier dans le coin arrière droit de la scène. La bonne viendra par cet escalier à chacune de ses apparitions. Le but de cet escalier est de montrer que bien que la bonne soit « inférieure » au professeur, elle est au même niveau que lui quand elle monte et qu’elleparle. C’est aussi par là que la bonne et le professeur jetteront le corps de la jeune élève à la fin de la pièce : elle retourne à l’état inférieur et son instant d’allégresse aura été court : elle n’a pas réussi à sortir de son état.
J’ai par contre conserver la fenêtre au font de la scène, ainsi que le rideau. Le professeur, qui ne supporte pas la stupidité comme on le voit à la fin de lapièce, peut ainsi garder un œil sur les gens qu’ils considère comme moins intelligents. Cela est représentatif de notre société contemporaine : les personnes haut placées regardent dans quelles conditions vivent certaines personnes, mais le rideau symbolise leur immobilité : ils font comme s’il n’y avait pas de problèmes en prétextant que tout va bien, mais la finesse du rideau montre bien qu’ilsrestent conscients de ce qu’il se passe. Les paysages derrière cette fenêtre seront des images de cité : des immeubles HLM avec des étendages de fortune sur les balcons, les paraboles et les inévitables tags. Le ciel sera orageux. Les nuages, très sombres, menacent ce territoire, comme si la destruction était le seul moyen de sortir de cet état.
L’intérieur de l’appartement du professeur sera trèssobre. Une table en bois, simple. Le bois gardant la mémoire de ce qu’il a enduré, cette table devra être usée, en souvenir de tous les élèves qui sont morts et dont les affaires ont été posées dessus. Les chaises auront une symbolique particulière. Ces chaises doivent être très simples : juste le minimum. La chaise de gauche autour de la table sera blanche, pour montrer qu’autour de cette table,…